mercredi 18 novembre 2009

Trümmelbach ist bach




Après notre descente extrême de Trümmelbach en février, Stéphane, Manu, Anne-Claire et moi nous étions jurés de revenir à Lauterbrunnen pour refaire cet extraordinaire canyon, en conditions "normales" cette fois-ci. La période de la Toussaint avait été avancée et réservée de longue date à cet effet.
Ces derniers jours, la chance a été de notre côté. Les conditions en Suisse Centrale sont optimales pour le canyon. Il n'a pas plu (ou peu) depuis plusieurs semaines et les canyons ne sont pas en glace et ne sont pas enneigés. Et malgré des températures élevées pour la saison, les niveaux d'eau sont bas. L'inconnue est tout-de-même de savoir s'ils sont assez bas pour permettre la descente. N'oublions pas que Trümmelbach en été coule à plus de vingt mètres cube par seconde !
Le mardi 27 octobre, Manu réserve le gîte. Le programme est à définir parmi Turnigla, Zanaibach, Chollbach, Trümmelbach, Rosenlauischlucht et Radeinbach. Que du majeur !

Le jeudi 29 octobre à 18h, Anne-Claire et moi préparons nos affaires, quand le téléphone sonne : Yves est des nôtres pour le week-end. Nous le rejoignons à Annemasse à 21h où il laisse sa voiture (en bas de chez Laurence). Puis nous traversons toute la Suisse pour retrouver Manu et Stéphane endormis au gîte à 3h, près de Chur. Il gèle dehors, et le gîte n'est pas chauffé. Nous nous couchons vite fait, car demain le départ se fera tôt.

Vendredi 30 : réveil à 7h30 dans le froid. Après une courte nuit, gros petit déjeuner chez nos hôtes. Puis départ pour Turnigla, considéré par certains comme le plus beau canyon d'Europe. Nous y sommes en une demi-heure de voiture. Il fait beau et nous nous préparons au soleil. Une marche de vingt minutes nous emmène à la passerelle de départ. Le débit est parfait (50 litres/s). La descente s'annonce bien.
C'est effectivement le cas car s'ensuivent quatre heures de délectation, en particulier dans la première partie, magnifique. La deuxième, située après un barrage, est moins intéressante, du fait d'un débit moindre, mais les couleurs sont encore plus belles et certains passages sont d'une grande beauté. Nous sommes dehors, au soleil pour nous changer vers 15h. Puis nous rentrons au gîte mettre des bûches dans les poêles ...

Samedi 31 : réveil à 7h30. Encore un gros petit déjeuner. Nous rangeons les affaires dans les voitures et partons, avec du retard, vers Zanaibach. Il nous faut une heure de route pour nous rendre sur place (près de Saint-Gal). Le ciel se voile, et il fait frais. Notre motivation n'en étant aucunement affectée, nous commençons la marche vers 10h30. Celle-ci, qui remonte le canyon, nous fait voir plusieurs affluents dont le débit nous inquiète. Au départ du canyon, celui-ci coule à près de 70l/s, ce qui ramène le débit après le premier affluent à plus de 100 l/s. Nous hésitons à nous engager (surtout moi, qui propose de renoncer). Nous descendons cependant les deux premières cascades. Le débit ne pose aucun problème, mais pour on ne sait quelle raison, nous traînons. La troisième cascade n'est pas équipée. Nous craignons que des points aient sauté récemment. Ça semble toutefois passer en désescalade, mais c'est délicat. Nous n'avons pas pris le perfo avec nous, et le fait d'imaginer que d'autres cascades pourraient aussi ne plus être équipées nous fait réfléchir. Il est tard (midi passé), le débit est conséquent et le canyon semble être insuffisamment équipé. Nous décidons donc de sortir. Stéphane escalade avec brio la paroi glissante et nous pose une corde en fixe. Nous sortons tous du canyon en moins d'une heure.
Nous prenons la route avec amertume vers Trümmelbach, où notre ami italien Pascal nous attend pour une soirée Pizzocheri. Le soir, après une reconnaissance en bas du canyon (le débit semble au poil), nous mangeons plus que de raison la spécialité de notre ami. Grazie mille à notre cuisinier de la Valtellina !

Dimanche 1 : réveil à 6h30. Cette fois, le gîte était chauffé et nos affaires ont pu sécher durant la nuit. La journée s'annonce bien. Seul bémol : le petit déjeuner se fait avec l'odeur de chou bouilli (cuisine coréenne). C'est assez difficile à supporter le matin à jeûn, mais comme il faut prendre des forces pour la journée qui nous attend ...
Nous partons sous un beau ciel bleu, en contradiction avec ce qu'avait annoncé la météo (ça rappelle notre bonne Météo France). Une heure de marche raide nous mène au pont qui enjambe cet inquiétant ruisseau. De là, l'eau apparemment calme se jette soudainement dans une abîme en une folle cascade pour disparaître dans un méandre totalement obscur. Le ton est donné. Trümmelbach nous tend les bras, pour notre plus grand plaisir. Trois heures d'une intensité euphorique nous tiennent en haleine dans une incroyable faille en grande partie privée de lumière (frontale absolument obligatoire). Trois heures d'une ambiance unique, où le vacarme assourdissant de l'eau et l'obscurité la plus complète nous transportent dans un autre univers. Rarement un canyon nous a offert une telle émotion. Difficile de faire mieux. Mais déjà, sur le parking aval, nous lâchons quelques noms comme Gamchi ou Grieschluct, certainement nos prochaines aventures ...

Le retour sur Lyon - via Annemasse - se fait la tête dans les nuages jusqu'à 20h, où le quotidien reprend ses droits.

Boris

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samedi 15 août 2009

Pélerinage dans les Dolomites du Frioul (du 1er au 16 août 2009)


Première partie : Rassemblement italien à Chiusaforte

Vendredi 31 juillet : Anne-Claire et moi partons de Lyon le soir en camping-car. Nous couchons au col du petit Saint-Bernard, sous une nuit étoilée et bien fraîche.

Samedi 1er : Le lendemain, nous traversons tout le nord de l’Italie et arrivons à Chiusaforte vers 17h. Nous sommes les premiers Français. Le soir, nous dînons sous le chapiteau du rassemblement, et retrouvons des amis Italiens, Suisses, Français …

Dimanche 2 : Avec Stéphane et Eric, nous nous levons à 5h pour faire Vielia, côté comme un des plus beaux du secteur. Deux heures de route et trois heures de marche nous amènent au départ du canyon, situé au bout d’un très beau plateau aux confins de la vallée. La descente est composée de quatre parties entrecoupées de longues marches dans les blocs glissants. Le début n’est pas intéressant et nous perdons une heure et demie à rééquiper la grande cascade, faute de points. Mon genou fatigue, et très vite je dois m’arrêter. Après quatre heures dans le canyon et sans avoir vraiment vu de jolis passages, je décide de sortir (c’est la fin de la première partie). Les autres me rejoignent trois heures plus tard, à la fin de la troisième partie, sans avoir le sentiment d’avoir parcouru un beau canyon. Le retour à la voiture se fait en une heure. Pour moi c’est plus long, et surtout plus douloureux.
Le soir, nous retrouvons les Français, arrivés en masse. C’est l’occasion de discuter et former des groupes. La météo annoncée étant assez sévère pour le lendemain, nous ne prévoyons rien.

Lundi 3 : La météo est épouvantable. Il a plu toute la nuit, et dès le matin, les orages grondent. Il sauce fort. J’en profite pour reposer mon genou et manger une pizza dans un village voisin. Le soir, c’est belote au camping-car.

Mardi 4 : La météo est incertaine. Nous tentons un petit canyon à côté du camp, Frondizzon. Nous sommes une large dizaine. Une fois arrivés au départ du canyon, Ivan s’aperçoit qu’il a oublié son portefeuille sur le capot de sa voiture ! Il décide de remonter et de faire le canyon tout seul … Nous, nous descendons, sous l’impulsion de Chris qui prend les choses en main d’emblée. Une belle descente bien encaissée nous attend, avec une partie totalement noire. Au bout de deux heures, nous sommes aux voitures. Ivan nous rejoint une demi-heure après.
Entre-temps, le ciel s’est dégagé. Nous décidons de faire Lavarie, canyon situé à côté du nôtre. Au parking amont, il y a beaucoup de véhicules. Ce qui semble indiquer un grand nombre de personnes dans le canyon. Tant pis, après avoir vérifié qu’Ivan a bien rangé ses papiers, on y va ! Après une très agréable heure de descente dans un canyon bien sculpté, nous rejoignons une masse de personnes agglutinées autour d’une belle vasque. Il y a un rappel « technique » avec une déviation à franchir, et c’est la queue ! Nous apprenons qu’il y a en fait trois groupes devant nous. Alors que nous sommes à trois cascades de la fin, nous mettons plus de deux heures pour sortir du canyon !
Le soir, c’est repas à la pizzeria du village.

Mercredi 5 : Après la forte pluie d’il y a deux jours, nous pensons qu’il est intéressant de parcourir Cuestis, un canyon habituellement à petit débit (voire sec). Nous nous levons vers 7h pour nous rendre sur place à 8h30. Malheureusement, le parking est déjà plein. N’ayant pas envie de réitérer la mésaventure de la veille, nous reprenons la route et partons pour Novarzza-Lumiei. Nous sommes quatorze. Après une courte marche d’approche (une demi-heure), nous entrons dans le canyon de Novarzza par une falaise se descendant par un rappel sec d’une centaine de mètres. En bas, le canyon est un couloir bien creusé, mais sec. Nous croisons un névé, d’assez grosse taille, mais facilement contournable. Les cascades s’enchaînent, et l’eau coule peu à peu. Nous arrivons à la confluence avec le Lumiei. C’est un spectacle magnifique. Du haut de notre cascade de vingt mètres, nous dominons le collecteur avec ses roches rouges et vertes et son eau turquoise. Nous descendons et progressons dans cette extraordinaire ambiance. Puis le canyon s’encaisse et rapidement, la lumière se perd. Quelle ambiance ! Une heure de marche termine la balade. Nous rejoignons les voitures en une demi-heure.

Jeudi 6 : Après avoir entendu beaucoup de bien de Cuestis, nous sommes vraiment très motivés pour le faire ! Nous nous levons donc très tôt (6h) pour ne pas faire comme la veille. Le canyon commence gentiment, dans de l’eau très froide. Il s’encaisse peu, mais propose vers la fin deux belles verticales, dont la descente de l’une se fait en traversant un large arc-en-ciel. Au passage, nous avons récupéré une corde de 70 mètres, laissée en fixe par un précédent groupe. Nous avons également été rattrapés par un impressionnant groupe d’italiens qui sautaient toutes les cascades de moins de trente mètres !
Après ce sympathique canyon, il nous reste encore pas mal de temps. Le temps d’aller faire un court canyon dont on nous a dit beaucoup de bien : Foce. Dans un secteur situé à une heure de route du camp, le paysage est différent. Le canyon est une faille qui coupe finement la montagne très boisée. Durant l’accès pédestre, nous allons faire un petit tour dans une résurgence, sans rien voir d’intéressant. La descente du canyon est spectaculaire. Ici point de saut ou rappel, mais une ambiance incroyable. Parfois large comme mes épaules, et profond d’une large vingtaine de mètres, l’atmosphère est quasi spéléo. Cette délectation est malheureusement de courte durée (à peine plus d’une heure) car le canyon se termine rapidement à la confluence avec un plus gros torrent où la grève est aménagée en plage pour les touristes.

Vendredi 7 : la météo devient stable. Nous en profitons pour faire un canyon de réputation internationale : le Rio Simon. Nous nous levons tôt et partons pour un village assez proche, dans lequel nous nous garons discrètement. Plus de deux heures de marche interminable et souvent aérienne nous amènent au départ du canyon. Le débit est parfait.La première partie comporte beaucoup de marche et peu d’obstacles intéressants mais reste esthétique. La suite, en revanche est digne des plus beaux canyons d’Europe, avec des passages magnifiques. Si magnifiques que je ne m’arrête pas de filmer et … en perds mon caméscope … Il doit être quelque part au fond d’une vasque. Avis aux plongeurs !
N’ayant pas oublié que notre petit village de Chiusaforte est également aux portes de l’Autriche, nous décidons que le canyon de demain sera Frauenbach, le plus beau canyon autrichien.

Samedi 8 : Nous nous levons tôt pour nous rendre en Autriche. Après un nombre infini de lacets, nous passons la frontière et débouchons dans une vallée typiquement autrichienne. Nous nous attendons à croiser Heidi dans ses prairies, mais sans résultat. En revanche, le canyon est bel et bien là. Le soleil aussi d’ailleurs. Il fait chaud et l’heure de marche d’accès est douloureuse. Le début ne paye vraiment pas de mine : un pauvre éboulis sur lequel coule un épais ruisseau. Finalement, le canyon est intéressant avec une succession de belles cascades arrosées (dont un mini-geyser) et de jolies vasques creusées. Bien belle journée pour notre première virée en Autriche.

Dimanche 9 : Pour le dernier jour à ce rassemblement, nous allons faire Prealba. Un canyon qui semble sans prétention, mais qui finalement n’est pas si mal du tout ! Il offre de très beaux passages, avec des vasques vert émeraude, typiques du secteur, qui appellent au saut. Une magnifique cascade de trente mètres constitue le clou de la descente. Après pas mal de marche, pensant être à la fin du canyon, Fred et moi enlevons nos baudriers et notre veste néoprène. C’est vrai que nous nous sentons mieux. Nous tentons d’éviter tant bien que mal certaines vasques glaciales, pour finalement, une fois trempés, remettre notre équipement pour les derniers rappels qu’on avait oubliés ! Le retour se fait dans la douleur, dans un interminable chaos de blocs.
De retour au camp, nous constatons que celui-ci s’est vidé et qu’il ne reste plus que quelques tentes éparpillées. Nous plions bagages et prenons le route vers Belluno pour notre deuxième semaine.

Deuxième partie : camp à Belluno

Nous arrivons dimanche soir au camping proche de Belluno, situé au bord du lac. Joli cadre et très bien situé pour les canyons ! Nous nous installons et allons goûter une pizza au restaurant du camping.

Lundi 10 : La météo étant incertaine (goutes passagères annoncées), nous décidons de faire deux petits canyons : val Piero et val Molin. A cette occasion, nous fusionnons avec un groupe de marseillais. Nous prenons quelques gouttes dans les marches d’approche et dans les canyons, mais rien de quoi nous inquiéter. Ceux-ci sont courts et d’une esthétique moyenne, mais avec un ou deux passages valant le coup.

Mardi 11 : Après la pluie de la veille, nous prenons la route pour gole del Sofia, un des dix plus beaux canyons d’Europe. Craignant pour le débit, nous allons vérifier le débit à l’arrivée. Un aménagement touristique nous permet d’accéder aux cascades finales. Et là, nos avis sont unanimes. Sans pour autant être l’apocalypse, le niveau d’eau est très élevé et nous décidons de reporter cette descente à demain. Il nous reste le temps d’aller vers un canyon peu connu dont un ami nous a dit du bien: val Magiorre. Nous décidons d’essayer. Le début ne paye pas de mine, on se croirait dans un jardin et c’est plein de végétation. Mais il finit par s’encaisser un peu et finalement, c’est assez original avec une roche peu courante et des passages très étroits (50cm de large !).
Le soir, nos amis grecs nous préparent un succulent repas, avec tzatsiki, salade au choux, oignon et citron, poulet cuisiné et parfumé… c’est délicieux !

Mercredi 12 : Deuxième tentative pour gole del Sofia. Le débit est encore important mais le niveau a un peu baissé et on se lance. Une voiture monte les kits et quelques uns d’entre nous, tandis que les plus courageux montent à pieds jusqu’au départ. C’est une belle course, de l’eau à volonté, des belles cascades et du soleil. A l’arrivée, on voit la voiture de notre ami suisse Jean Zahn et on lui laisse un petit mot. Que le monde est petit !

Jeudi13 : Aujourd’hui encore, un canyon d’envergure nous attend : val del Clusa. Après une bonne heure de marche d’approche on découvre un niveau d’eau très élevé et on hésite vraiment à se jeter dedans. Seul Yannis est motivé et souhaite y aller. Puis, finalement, l’effet de groupe jouant, nous décidons d’y aller tous, Yannis nous promettant d’installer des rappels guidés si nécessaires. Nous nous équipons, pas très rassurés tout de même. La descente est de toute beauté, et le canyon est complet : débit, verticales, magnifiques vasques, ambiances sombres, technique, ludique, … Nous restons vigilants à cause du débit et tout se passe bien jusqu’à ce qu’on arrive en haut d’une cascade qui fait un coude. A cet instant, nous ne voyons pas comment passer. C’est vraiment impressionnant. La pression monte dans le groupe. Yannis, en queue de groupe, nous rejoint, puis part installer un guide et un relais. Il nous fait passer un par un. Ouf ! La suite ne nous pose pas de problème particulier mais nous décidons de sortir au niveau du barrage pour rejoindre le chemin de l’approche.

Vendredi 14 : Nos amis grecs nous quittent, car ils doivent prendre l’avion demain à Venise. Nous ne sommes plus que cinq. Comme nous devons nous aussi prendre la route le soir, nous nous orientons pour aujourd’hui vers un petit canyon. Mais il s’agit d’un véritable bijou : Maor. Avec un encaissement extraordinaire dans une roche en strates rouges, il est court, très étroit et profond. Malgré l’absence d’obstacle, nous sommes totalement envoutés par ce canyon, subjugués par sa rare beauté. Dommage qu’il soit si sombre et que les photos soient souvent impossibles à prendre…
Le soir, nous prenons le chemin du retour à Lyon. Nous nous arrêtons sur les hauteurs du lac de Garde pour un bivouac près du départ du canyon d’Albola.

Samedi 15 : Au réveil, la vue est magnifique, plongeante sur le lac. Le dernier canyon est donc rio Albola. Une marche d’approche bien raide nous amène au départ. La descente est rapide, plaisante avec beaucoup d’eau. Nous sortons tôt et apercevons tous les groupes qui montent avec les guides.
Mon anniversaire est fêté rapidement mais avec cœur et puis chacun reprend la route de son côté…



Anne-Claire et Boris Sargos


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lundi 20 avril 2009

Cap Vert : RIC du 4 au 18 avril 2009


Participants vulcains : Josiane et Bernard Lips, Nathalie Duverlie, Yves Daniou, Anne-Claire et Boris Sargos.

L’Afrique, dernier continent exploré par les canyonistes invétérés, nous a ouvert ses portes lors du 8ème Rassemblement International de Canyoning organisé sur l’île de Santantao, au Cap Vert. Cet archipel constitué d’une dizaine de petites îles porte assez mal son nom, car la sécheresse s’est octroyé tout le territoire, à l’exception du versant nord de l’île de Santantao. Celui-ci, avec ses hauts reliefs (1979 m), capte l’humidité des nuages venus du nord et la redistribue péniblement aux habitants à travers de profonds canyons.
L’intérêt de pratiquer le canyoning dans cette région subtropicale ne réside donc pas dans les débits sportifs, mais plutôt dans l’originalité des paysages, essentiellement désertiques, mais abritant des vallées de cultures en étage de bananiers, caféiers ou autres végétations exotiques. Des paysages abrupts toujours finement découpés dans la roche volcanique, qui, de leurs plus hauts sommets, plongent brutalement dans l’océan atlantique.
C’est pour cette raison que 58 participants de 10 nationalités différentes (dont 24 Français) se retrouvent pour une à deux semaines de canyon à Porto Novo, capitale de Santantao.
L'organisation du RIC au Cap-Vert a été mise en place par Eduardo Gomez et a été quasi parfaite avec un hôtel 4 étoiles pour le prix d'un gîte en France, des soirées musicales tous les soirs et des minibus pour nous amener et nous chercher dans les canyons.

Vendredi 3 avril : le départ de Lyon – Se rendre à Santantao n’est pas chose aisée. Le voyage dure près de 24 heures.
Nous quittons Lyon en fin d’après-midi par un vol nous emmenant à Lisbonne, passage obligé pour le Cap Vert. Après deux heures d’attente, nous redécollons en direction de Praia, capitale du Cap Vert. Nous y arrivons vers 1 h, heure locale (5 h en France). Nous nous installons plus ou moins confortablement (plutôt moins que plus) sur des bancs dans l’aéroport pour nous reposer un peu.

Samedi 4 avril : la traversée du Cap Vert - Notre troisième avion décolle à 7 h du matin pour nous véhiculer jusqu’à l’île de Sao Vicente. Nous profitons de la demi-journée dont nous disposons avant de prendre le ferry pour faire un tour en ville, visitant le centre ville, le marché aux poissons et la place centrale. Après un bon repas, nous prenons le bateau pour une heure de traversée ponctuée de vomissements des capverdiens ayant globalement peu le pied marin. Sur place, Eduardo (organisateur de cette édition du RIC 2009), nous attend au port et nous conduit à l’hôtel.
Celui-ci est situé entre montagne et bord de mer, à cinq minutes en voiture de Porto Novo, sur la côte sud-est de Santo Antao. Tout autour, le paysage y est particulièrement désertique. Nous n’avons guère le courage de bouger et nous couchons aussitôt après le dîner.

Dimanche 5 avril : Ribeira de Gi - Après une bonne nuit, lever difficile vers 7 h. A la table du petit déjeuner, nous retrouvons nos amis habitués du RIC et entamons de longues discussions. Pour cette première journée, et sur l’idée du « Commandante », nous décidons de nous joindre au groupe constitué d’une trentaine de personnes pour un petit canyon de découverte du pays : Ribeira de Gi.
Deux heures de trajet nous font traverser l’île vers la côte nord-ouest. Nous passons un col à 1200 m d’altitude, traversant une belle forêt de pins. C’est une partie de l’île qui se retrouve très fréquemment dans un brouillard très dense. La descente vers la côte est spectaculaire, la route étant creusée sur une arête bordée des deux cotés par des vides impressionnants de plusieurs centaines de mètres. A partir de Ribeira Grande, nous suivons la côte vers le nord-est. De fait, après deux heures de route, nous ne sommes qu’à une vingtaine de kilomètres de Porto Novo mais la route côtière directe ne sera inaugurée que dans quelques semaines…

Nous démarrons, à partir de la sortie du canyon, la marche d’approche en une impressionnante file. Un bon sentier nous mène en une heure au départ du canyon dans une petite bananeraie. Le canyon est très court (5 verticales dont la plus grande de 18 m) mais très original : le moindre replat est cultivé et nous progressons au milieu des macabos, bananiers, papayers et autres cultures, plantés en terrasses ou au fond même du canyon.
Nous profitons de l’attente des navettes pour déambuler dans le minuscule village de bord de mer et nous baigner dans la mer. Nous terminons l’après-midi dans la piscine de l’hôtel. Vers 19 h, nous assistons à l’inauguration du RIC avec un discours du représentant du ministère du tourisme.

Lundi 6 avril : Tapume de Verissimo – A l’invite de Marc Boureau, nous joignons son groupe et nous retrouvons vers 8h30 à 14 dans le minibus qui part pour Tapoume.
Arrivés au col, nous prenons une longue piste vers le sud et nous nous arrêtons au terminus. Une vingtaine de minutes de marche d’approche nous amène à l’entrée du canyon. Il est sec et démarre par de petits ressauts puis quelques puits plus importants pour déboucher sur une belle et impressionnante verticale de 100 m. Du fait de notre nombre, la descente de cette cascade, avec un relais au milieu et des risques importants de chutes de pierre, nous prend pas mal de temps. Encore deux puits dans une partie plus encaissée et nous pensons être à la fin du canyon. Mais il manque visiblement une page dans le topoguide.
Alors que le groupe essaie de prendre des repères et comprendre où nous sommes, Bernard se fait frapper par son descendeur sur la cuisse, lors de la glissade d’un petit toboggan. Il continue tant bien que mal la descente. Après deux cascades importantes, de nombreuses désescalades et une assez longue marche dans les cultures (avec quelques superbes paysages), nous arrivons à la fin du canyon après environ 6 h 30 de descente.
Retour à l’hôtel vers 19 h 30. Dîner vers 20 h 30 et coucher tôt.

Mardi 7 avril : Vinha inférieur – Nous démarrons vers 8 h pour faire le canyon de Vinha. Bernard, encore blessé, décide de se reposer. Josiane reste près de lui. Commençant à être attaqué par une sévère tourista, je persuade facilement de scinder le groupe de français en deux : un qui fera l’intégrale, et l’autre, la partie basse. Nous rejoignons celle-ci par un superbe sentier aux innombrables marches dominant le canyon et même une bonne partie de la vallée. Le canyon coule (un petit filet d’eau) mais l’eau, traversant les incroyables inaccessibles cultures tropicales, est marron et odorante. La descente présente cependant un charme certain, dû à son abondante et surprenante végétation. Un des plus beaux canyons de l’île.

Mercredi 8 avril : Praia Lisboa - Petit déjeuner à 7 h comme d’habitude. Finalement, après quelques hésitations, l’équipe décide de faire un petit canyon : le canyon de Praia Lisboa. Malgré son handicap, Bernard décide de se joindre à nous. Jacqueline et ses disciples se mêlent également à nous. Nous partons assez tardivement (normal avec Jacqueline) et sommes 17 passagers dans la camionnette (sans compter le chauffeur).
Arrivés au départ du canyon, près du village côtier de Ponta del Sol nous nous séparons en deux groupes. Toujours sous l’effet tourista, je ne m’engage avec l’équipe de Jacqueline que dans la partie inférieure, sèche et attaquée par un soleil de plomb. Le canyon est court mais joli, avec de superbes échappées vers le village de Ponta del Sol Arrivés sur la plage de sable noir, nous nous baignons un peu puis rejoignons le village vers 16 h. Nous y arrivons en même temps que le bus. Retour à l’hôtel vers 17 h 30. Deux heures plus tard, nous partons dîner en ville. Boris n’est pas très en forme et reste à l’hôtel sans dîner.

Jeudi 9 avril : Neve – Alors que je reste avec Josiane à l’hôtel (tourista oblige), le reste du groupe part pour Neve, accompagné d’Evan, Tom, Andreas et Juan. Après un début de marche d’approche dans un brouillard dense, un long sentier descend joliment dans la montagne. Le paysage est magnifique. Après un bref casse-croûte le groupe attaque le canyon par la belle C60. La suite est globalement très belle et très esthétique, avec quelques vasques remplies d’eau. Au sommet de la cascade de 250 m le groupe rattrape l’équipe d’Eduardo, partie de l’hôtel deux heures auparavant.
Après une longue attente, Evan descend en premier, suivi de Bernard. Le premier tronçon de 30 m est arrosé et les parois sont glissantes. Au relais, à la demande d’Evan, Bernard passe devant. Au deuxième relais, Bernard installe son descendeur lorsqu’Evan arrive. Il se redresse pour enlever ses longes et se reposer sur son descendeur… pour s’apercevoir avec horreur que le descendeur est sorti du mousqueton … à 120 m du sol ! Maintenu à bout de bras par Evan, il parvient à se relonger. Après avoir recouvré ses esprits, il continue la descente sans problème (deux verticales de 60 m qui restent).
Puis le reste de l’équipe descend à son tour et déséquipe. Après une heure de marche, le groupe atteint le village. Au passage, certains auront profité d’une séance de distillerie pour acheter du grogue.

Vendredi 10 avril : Cabouco de Peregrina – Alors que Josiane, alléchée par la description de Bernard décide de faire Neve avec Marc et son équipe, Bernard choisit de nous accompagner à Cabouco de Peregrina, ainsi qu’un couple de suisses et un couple d’italiens. Le départ du canyon est assez proche de l’hôtel. Nous y sommes vers 9h. Celui-ci est sec avec quelquesbelles verticales de 40 m et nous arrivons dans la vallée (550 m de dénivelé) vers 13 h. Nous profitons de la sortie précoce et de la navette pour aller déguster un A l’hôtel, lors de l’apéro, nous apprenons que dans la descente de la cascade terminale de Neve, un espagnol s’est trouvé mal et a descendu le premier tronçon de 60m la tête en bas. C’est Marc qui, intervenu du haut par balancier, a pu le secourir et le mouliner jusqu’en bas.
Le soir, c’est la fête. Les capverdiens, très croyants, ne passent pas à côté de Pâques et nous offrent un spectacle musical et dansant aux couleurs locales.

Samedi 11 avril : Esdrougal - Je me sens mieux. J’emporte quand même un rouleau de papier toilette rejoins l’équipe pour le canyon d’Esdrougal. Deux espagnols nous accompagnent, mais Bernard et Josiane restent à l’hôtel.
La marche d’approche est le prolongement de celle de Tapoume. Malgré un léger brouillard, le paysage est superbe. Ce canyon a le même profil que son voisin, mais avec plus de caractère. Plus creusé et plus vertical, ses couleurs sont également plus vives. Nous retrouvons l’eau à mi-parcours. Ce sera encore l’occasion de traverser de magnifiques cultures. Cette fois, à la confluence avec Tapoume, nous ne prenons pas le sentier de sortie, mais continuons dans le ruisseau. Cette portion porte désormais le nom de Taïef, et comporte certainement les plus beaux passages de l’île. On se mouille vraiment, avec même quelques cascades arrosées !
Nous rentrons tard (après 20 h ) et dînons à l’hôtel.

Dimanche 12 avril : Ribeira de Mesa de Poyo - Petit déjeuner à 7 h et, après quelques hésitations et discussions, nous décidons de faire Poyo, un des rares canyons situés sur le versant sud de l’île, donc très sec et très ensoleillé. Il est également très long (15 km), au point de déboucher sur Porto Novo ! Nous démarrons la marche d’approche vers 9 h 30. Dès la première cascade les goujons sont arrachés mais nous savons que nous pouvons court-circuiter par un bon sentier. Le même problème se pose dans la deuxième cascade. Nous contournons difficilement en passant par de vieilles terrasses et perdons plus d’une demi-heure. Nous retrouvons le bas du canyon et descendons un ressaut de 4 m, qui se remonte en escalade. Là encore il manque la plaquette. Deux cents mètres plus loin nous arrivons au sommet d’une verticale de 25 m. Les goujons ont été martelés. Le sabotage doit être récent puisqu’une équipe a fait le canyon il y a trois jours. Nous décidons d’abandonner et de remonter et nous sommes de retour sur la route vers 14 h.
Un minibus nous prend au passage (200 escudos par personne) et nous arrivons à l’hôtel avant 15 h. Reste de l’après-midi tranquille avec baignade dans la piscine. Le soir, Nathalie fête ses 39 ans et tous vont boire une bouteille sur la plage avant de dîner en ville. Moi, je préfère cuver ma tourista dans mon lit.

Lundi 13 avril : Vinha intégral – Incapable de me lever, je laisse le groupe partir de nouveau dans Vinha. Jean, Wolfgang et Andreas viennent gonfler les rangs.
La marche d’approche débute vers 9 h 30. Le canyon démarre par une verticale de 80 m. Dans la verticale suivante, Jean coince la corde et le groupe perd beaucoup de temps à la récupérer (c’est Nathalie qui remonte). Le canyon présente des paysages magnifiques, aussi bien dans les verticales souvent importantes, que dans les zones de culture. A leur retour, Anne-Claire fait venir un médecin. Je parviens difficilement à me faire comprendre (je me rends compte qu’il est loin d’être évident de décrire de quoi on souffre en anglais), mais le jeune médecin semble comprendre et me prescris une ordonnance qui s’avèrera diablement efficace le soir-même.

Mardi 14 avril : balade à Alto Mira – Encore à plat, je reste à l’hôtel, alors que le groupe accompagné des deux allemands décide de faire une balade du côté d’Alto Mira (randonnée n° 304 sur la carte), vers l’ouest de l’île. La randonnée démarre d’Alto Mira puis en descend dans une profonde vallée. Les paysages sont magnifiques. Une longue et raide remontée ramène à un petit col. Puis le chemin change de vallée pour remonter à l’intersection de la route. La ballade a duré un peu plus de 4 h (donnée pour 3 h). Nathalie et Bernard font un détour pour aller observer une distillerie de grogue.
Après un quart d’heure d’attente, un taxi de passage ramène tout le monde à Porto Novo. Là, c’est repos, baignade dans la piscine et ping-pong. Nous louons un 4x4 pour le lendemain pour faire un tour dans le sud-ouest de l’île.

Mercredi 15 avril : Tope de Correa - Nous récupérons notre voiture de location vers 8 h 30. Nous nous arrêtons souvent sur la route magnifique pour faire des photos. Nous repassons par Cha de Morte puis descendons vers Ribeira de Cruz. Les paysages sont fantastiques. Nous remontons sur le plateau et avons quelques difficultés à trouver, dans le brouillard, le chemin vers le point culminant, Tope de Correa. Mais le brouillard se lève. Avec Anne-Claire et Nath, je monte au sommet du volcan à 1982 m d’altitude. De là-haut, la vue est magnifique. Vers le nord, nous dominons une épaisse mer de nuage, alors que dans les autres directions, nous apercevons cratères et sommets, dont les formes adoucies et les couleurs chatoyantes contrastent avec ce que nous avons pu voir sur le reste de l’île.
Nous revenons à Porto Novo vers 18 h 30 par la route du sud. Le soir nous dînons à l’hôtel avec Andréas et Wolfgang.
Yves a parcouru le canyon d’Endriano avec une équipe de Belges. Il en est ressorti vers 16 h 30.

Jeudi 16 avril : Caldeira de Cova - Nous décidons de refaire une randonnée. Nos deux allemands viennent avec nous. Nous prenons un taxi à partir de l’hôte et partons vers 8 h 30. Le minibus nous dépose près de la Caldeira de Cova. Nous sommes, comme toujours dans cette zone, en plein brouillard. Nous contournons le cratère puis descendons, toujours dans le brouillard, un magnifique sentier construit en flanc de falaise. Nous finissons au bout de plus d’une heure à déboucher sous les nuages dans la vallée menant à Pombas. Dans les villages, notre rythme se ralentit entre boissons, distillation de grogue, photos de jardins, d’enfants etc. Nous nous arrêtons vers 13 h dans un restaurant tenu par un Autrichien. Il nous reste 300 m de descente et quelques cinq kilomètres à parcourir dans une magnifique vallée verdoyante. Nous arrivons à Pombas en bord de mer peu avant 17 h… et y croisons notre minibus à l’heure au rendez-vous. Retour à l’hôtel vers 18 h 30. Nous dînons à l’hôtel.

Vendredi 17 avril : canyon de Lagados - Josiane décide de rester à l’hôtel pour notre dernière journée. Nathalie, Anne-Claire et Yves partent au port pour prendre un minibus qui les conduit à Ponte del Sol et ils font une balade vers le village de Fontanas.
Beranrd et moi partons avec Andreas et Wolfgang pour faire un canyon sec (et sans cordes) près de Lagados. Un taxi nous y dépose vers 9 h 15 et nous descendons dans le canyon. Ce canyon, véritable entaille en plein cœur d’un désert de cailloux et de sable, est un long défilé sec et sinueux. Le soleil ardent qui y pénètre necesse de jouer avec les couleurs ocres de la pierre sableuse. De magnifiques estrechos octroient à cette balade un caractère unique et inoubliable. Nous passons une heure plus tard sous le pont de la route puis arrivons à la sortie de canyon à 500 m de l’océan vers midi. Wolfgang fait demi-tour tandis que nous poussons jusqu’à l’océan qui est très agité à cause d’un vent violent. Il nous reste à revenir vers la route en traversant un plateau caillouteux et aride. Nous sommes de retour à l’hôtel vers 14 h. Après-midi repos puis un peu de piscine. Le soir nous dînons en ville.

Samedi 18 avril : le retour - Nous terminons de préparer nos sacs, puis un minibus nous conduit au port vers 9 h 30. Nous débarquons vers 11 h 30 sur Sao Vicente. Nous déposons nos sacs au restaurant puis les divers groupes font un tour en ville, revisitant le marché aux poissons et le marché touristique. Nous déjeunons ensemble vers 14 h. Nous assistons, du restaurant, à un show aérien de la « patrouille portugaise ». Vers 16 h, un taxi nous amène à l’aéroport. Mais l’avion est décalé et nous attendons jusqu’à 22 h 30 le décollage pour Praia. L’avion pour Lisbonne est également en retard et nous redécollons vers 2 h du matin.

Dimanche 19 avril : Lisbonne - Nous arrivons à Lisbonne vers 8 h… en retard pour notre avion pour Lyon. De toute manière, celui-ci a été annulé pour cause de grève. Lisbonne est paralysé depuis plus de deux semaines par des grèves vers la France et c’est un peu la panique.
Finalement Anne-Claire et moi partons vers 11 h 30 pour Bruxelles et arrivons à Lyon vers 16 h 30. Le reste de l’équipe décolle vers 16 h pour Madrid et nous arrive à Lyon vers 19 h 40. Bien entendu aucun bagage n’a suivi. Nous les récupérons deux jours plus tard.


Bernard Lips et Boris Sargos

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samedi 21 février 2009

Trümmelbach, canyon de l’extrême


Participants :
- USAN : Stéphane, Manu
- Vulcains : Anne-Claire, Boris

Cela faisait un an que Stéphane et moi avions projeté de descendre cet incroyable canyon. Depuis plusieurs semaines, Stéphane scrutait la météo suisse afin de déterminer le niveau d’eau, de glace et de neige que le canyon pourrait avoir le jour de notre descente, fixée le 20 février.

Jeudi 19 : après plusieurs semaines de tension croissante, le jour J est arrivé. Anne-Claire et moi quittons Lyon jeudi soir. Direction Interlaken, en Suisse centrale. Après quatre heures de route, nous arrivons au gîte germanophone réservé par Manu, situé dans le village de Lauterbrünnen, en bas de l’Eiger. Ici, la neige atteint par endroits un mètre d’épaisseur. Le ciel, totalement dégagé, laisse voir une myriade d‘étoiles. La température extérieure est de -11°C, alors qu’il n’est que onze heures du soir …
Stéphane et Manu nous rejoignent dix minutes plus tard. Nous nous installons et discutons de la journée de demain. La neige et le froid sont bien plus importants que prévu. La marche d’approche risque d’être impraticable, et le canyon trop froid. Nous nous couchons en nous proposant d’aller faire une reconnaissance dès le lendemain matin.

Vendredi 20 : lever à 8h00. Après un copieux petit déjeuner, nous partons avec tout le matériel de descente vers Trümmelbach. De la route, Stéphane nous montre le canyon, incrusté dans la falaise. A moins de cent mètres du canyon, nous ne voyons rien qu’une sombre lézarde dans un mur. C’est à peine croyable. Quel encaissement ! Difficile d’imaginer que dans cette toute petite entaille puisse couler l’été un ruisseau dont le débit est 200 fois celui d’un canyon habituel.
Arrivés sur le site, surprise : le parking est totalement enneigé. Il nous est impossible de nous garer. Heureusement, Manu, avec son incroyable aptitude à parler n’importe quelle langue, arrive à nous dénicher un bout de place sur le parking d’une sympathique dame. Alors, nous nous habillons (en néoprène afin de rester secs à cause de la neige) et partons vers le canyon. En dix minutes, nous sommes au pied de la dernière cascade. Et là, nos pires craintes sont confirmées : le canyon est recouvert d’une épaisse couche de glace, elle-même recouverte d’une épaisse couche de neige.
Dès lors, nous devons renoncer à monter en haut du canyon. La marche d’approche, totalement enneigée étant trop exposée. Il nous reste la voie touristique. En effet, les habitants ont aménagé une parie du canyon aux touristes, avec des escaliers et des passerelles. Nous en profitons et remontons ainsi une partie du canyon. Les fenêtres sur celui-ci que nous offrent ces passerelles sont magnifiques. En-dessous de nous, tout est blanc. Le temps semble s’être arrêté dans ce canyon si paisible, et pourtant si dangereux … Parfois, on devine un filet d’eau couler sous la glace. Ce spectacle, dont la beauté ravirait le touriste le plus basé, nous laisse perplexes et inquiets. En effet, pour nous, les interrogations demeurent : la glace est-elle assez solide pour nous soutenir ? Ne risque-t-elle pas de céder sous notre poids et de nous entraîner ?
Nous poursuivons notre ascension, espérant trouver plus haut des débuts de réponse. Celle-ci nous mène jusqu’à la partie noire du canyon, où la visibilité n’est possible qu’avec des lampes : il s’agit de « l’oscuros ». De la passerelle, on ne voit pas le fond du canyon situé pourtant quelques mètres plus bas, tant il est sombre. Mais l’heure tourne et il est temps de prendre une décision. Nous sommes d’accord pour tenter de descendre les deux dernières cascades. Nous redescendons donc à la voiture pour nous équiper.
Nous enfilons chacun nos deux combinaisons néoprènes, prenons chacun notre piolet, nos crampons et notre corde. Stéphane prend le perfo et on y va.
Nous équipons sur une passerelle qui surplombe le canyon d’une quinzaine de mètres. Stéphane descend en premier, doucement. En bas, il teste la glace. Ca semble tenir. Il nous fait signe de le suivre. Manu, puis Anne-Claire descendent à leur tour, alors que je reste en haut en cas où. A ce moment, Stéphane, trop en confiance et par un pas trop lourd, brise la glace qui le porte et s’étale dans l’eau. Plus de peur que de mal : il parvient à se redresser rapidement et à remonter. Désormais, nous savons à quoi nous attendre, et devons rester vigilants.
Puis la suite se passe sans encombre, même si la descente de cascades en glace n’est pas une chose aisée. Notre progression n’est pas des plus rapide, et nous mettons deux heures pour descendre seulement deux cascades !
De retour au gîte, c’est le débriefing. Le peu que nous avons fait était si beau et si stimulant que nous voulons recommencer, mais d’un peu plus haut. Nous excluons néanmoins de faire la partie amont, en raison de l’accès jugé trop dangereux et la difficulté globale de la progression dans le canyon.

Samedi 21 : lever à 8h00. Nous rangeons les affaires (il faut vider le gîte) et partons pour Trümmelbach. Nous croisons beaucoup de skieurs. Les pauvres ! La neige est parfaite, et il fait grand beau. Mais ils ne savent pas ce qu’ils perdent : Trümmelbach leur tend les bras, et ils vont faire du ski !!
Alors rebelote. Cette fois-ci nous montons jusqu’à la dernière passerelle, qui nous mène jusqu’aux entrailles de Trümmelbach. Entre-temps nous laissons sur la rambarde une corde en fixe menant au départ de la grande cascade, au cas où … Il fait totalement noir. Seule notre ouïe perçoit quelque chose : le bruit de l’eau qui coule. Manifestement le débit est plus conséquent aujourd’hui qu’hier. On équipe sur la balustrade. Puis Stéphane descend …
Notre premier obstacle est une large vasque, dont la glace est brisée. Heureusement, grâce à notre épaisse couche de néoprène, et même si la nage est loin d’être facile, le froid n’a pas le temps de nous prendre. La deuxième cascade est juste là. Il n’y a qu’à s’équiper et descendre. Que c’est beau. On se croirait sous terre, où les galeries se passent les unes au-dessus des autres. Ici, le canyon fait un virage à 180° et repasse presque sous la cascade précédente. Tout est en glace. La chute d’eau s’est transformée en un gigantesque amas de bulles de glace. Pour descendre, il faut appliquer pesamment ses crampons mais descendre avec légèreté, afin de ne pas se retrouver pris dans la glace. Le débit n’est pas négligeable, et on en profite pour prendre une sacrée douche … froide !
La suite est un premier superbe corridor noir qui nous mène à une cascade en tube, en bonne partie bouché par la glace. Cela devient périlleux car au milieu de la descente un petit pont de neige enjambe la cascade. Si celui-ci lâche, il nous entraîne inéluctablement à l’intérieur du tube de glace dans lequel coule vivement l’eau. Il faut donc être très vigilant et passer à côté de l’axe de la cascade. C’est précisément à cet instant que nos crampons (à Stéphane puis à moi) ont décidé de nous lâcher, manquant de nous ramener dans l’axe. Heureusement, les crampons du pied droit ont tenu. Cela nous a suffi pour garder l’équilibre et terminer la descente sans danger …
Deux ressauts, puis un deuxième (et dernier) corridor nous ramènent au jour. Nous traversons encore une longue et profonde vasque pour rejoindre le sommet de la grande cascade (celle qui rejoint la corde précédemment équipée en fixe). En-dessous de nous, un raide toboggan de trente mètres de neige glisse vers une grande vasque totalement englacée. C’est féérique. Malheureusement, les amarrages sont deux mètres plus bas, complètement cachés par une épaisse couche de glace. Pendant que Stéphane pose deux goujons, Anne-Claire, trop peu couverte, et qui a pris froid décide de remonter vers la passerelle aux bloqueurs …
Stéphane, Manu et moi continuons. Arrivés en bas de la cascade, idem : plus de points. Astucieusement, Manu, avec sa broche à glace, perce une lunule à travers une grosse stalactite. Cela nous permettra de descendre le ressaut.
Quelques ressauts ou autres péripéties (dont la pose d’un point) nous conduisent peu après au passage le plus problématique que nous ayons rencontré : le pont de neige. Nous arrivons effectivement dans une vasque où nous avons pied, mais recouverte par un pont de neige de deux mètres de haut. Il tient au-dessus de la vasque par une croute de glace dont la stabilité nous paraît peu certaine. Manu, aidé par Stéphane, parvient à s’y hisser. Stéphane le suit. Mais moi, trop lourd et trop maladroit, je n’y parviens pas. J’essaie même de monter aux bloqueurs sur la corde accrochée au piolet de Manu planté dans la glace. Je ne réussis qu’à entailler la glace et me faire tomber le piolet dessus (sans gravité, heureusement). Alors Stéphane pose deux nouveaux points sur la roche. Ainsi aidé d’une pédale, de deux bloqueurs et des bras de Stéphane et Manu, je parviens péniblement à me hisser. Ouf ! Après une demi-heure dans l’eau glacée, je commençais à avoir froid … Du coup, je suis prêt à descendre la cascade. En dessous-de moi, la vue est éblouissante : un immense manteau de neige serpente à travers le méandre de la cascade. Et même si je me sens enivré par ce paysage, je n’oublie pas que je dois rester très prudent dans la descente. D’ailleurs, en-dessous de mois, la corde s’est prise dans une bouche de glace et s’est fait aspirer dedans. Je dois tirer de toutes mes forces pour l’en sortir, puis faire attention à ne pas faire comme elle … Une fois en bas, nous reconnaissons la vasque où nous avons atterris la veille. L’endroit nous est familier. Nous commençons à nous détendre un peu. La fin du canyon est proche … En une heure, nous sommes en bas. Au total, nous avons mis près de cinq heures pour descendre dix cascades, c’est-à-dire la moitié du canyon !
Il est 18h30 quand nous reprenons la route pour le village de Lauterbrünnen. Nous nous y arrêtons une dernière fois pour profiter de ces derniers moments privilégiés et nous remémorer nos aventures du week-end autour d’un chocolat chaud suisse. Même si la période est généralement la seule propice à la descente de ce canyon, il est évident que les conditions n’étaient pas réunies pour descendre l’intégralité du parcours ce jour-là. Ainsi, tout sentiment d’amertume ou de déception de ne pas l’avoir fait en entier, laisse place, au vu des péripéties rencontrées, à de la fierté d’avoir été prudents et raisonnables dans nos objectifs. Nous sommes donc très heureux et très chanceux d’avoir pu découvrir ce géant et en apercevoir sa grandeur et sa profondeur.
Il est alors l’heure de nous quitter. Nous rentrons, chacun de notre côté, en nous jurant de revenir très prochainement pour descendre le canyon en entier lorsque les conditions le permettront …

Boris


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dimanche 31 août 2008

Les canyons d'Italie centrale


Du 16 au 25 août 2008


Participants : Stéphane Côté (Marseille), Emmanuelle Fleck, Patrick Chollot (Haute-Marne), Anne-Claire et Boris Sargos (Vulcains)

Destination de choix pour la culture et la gastronomie, l'Italie est également le paradis du canyoning. Après avoir écumé quasiment toute l'Italie du Nord (val d'Aoste, val d'Ossola, Lombardie, Frioul et Ligurie), il fallait voir ce que proposait le reste du pays. L'occasion nous fût présentée par Stéphane Côté, qui souhaitait "tester" le deuxième tome de son célèbre ouvrage "Le tour de l'Europe en Canyon" avant sa parution cet automne.

Les canyons de l'Italie Centrale appartiennent aux massifs des Abruzzes et des Marches, eux-mêmes situés à mi-chemin entre Pescara et Rome. Malgré leur faible altitude (1700 m pour le plus haut), ces canyons sont déjà de type alpin, alimentés par des glaciers (donc secs en été mais creusés par des redoutables crues au printemps) au faciès détritique (roche instable avec de nombreux éboulis).

Samedi 23 août : départ de Lyon en camping-car. Passage par le tunnel du fréjus et arrivée au parking aval du premier canyon à 23h.

Dimanche 24 août : descente du canyon Inferno del Gran Sasso. Le départ du canyon se fait au niveau d'un col sur le superbe et historique plateau de l'Imperatore. Suit une marche d'approche aérienne dominant toutes les plaines jusqu'à la mer. On est au canyon au bout d'une heure et demi. La descente se fait à sec. On y distingue la première partie, encaissée et sculptée dans de belles parois (abritant par ailleurs encore un névé), et la deuxième, moins jolie mais plus verticale qui s'achève par deux cascades de 65m et 80m. Le retour se fait péniblement dans le lit du ruisseau où plusieurs crues ont totalement défiguré le paysage ... et le passage. La descente aura duré deux heures et demi et le retour une heure.
Nous remontons les voitures et préparons un bivouac sur le plateau, un peu plus à l'est.


Lundi 25 août : Stéphane ayant décidé de partir dans un canyon "aventure" (dénommé Infernata), Anne-Claire et moi, décidons de visiter Rome. Nous quittons notre magnifique bivouac vers 8h et prenons l'autoroute pour Rome. Une heure et demi suffit pour atteindre le coeur de la capitale, mais une bonne heure n'aura pas été de trop pour trouver une place pour le camping-car ! Finalement, une ruelle isolée longeant le Tibre fera l'affaire. Nous y laissons le camping-car et partons à l'assaut des monstrueuses queues de la basilique Saint-Pierre, sa coupole, puis le musée du Vatican.
Il est 17h quand nous ressortons émerveillés par tant de beautés et nous dirigeons, via le métro, vers le Colisée. La visite est brève, car il n'y a pas grand chose à voir. Nous décidons d'enchaîner sur la Rome antique avec ses forums. Hélas, il est 19h et les visites viennent de se terminer. Tant pis, nous optons pour une visite en bus de la ville. Manque de pot, nous nous trompons dans le sens de la ligne, et nous retrouvons au terminus, à l'autre bout de la ville. Bien évidemment, vu qu'il est 19h30, le dernier bus qui aurait pu nous ramener en ville est parti depuis longtemps. Donc, nous refaisons tout le chemin à pieds, puis en métro. Nous retrouvons finalement avec grand soulagement (on nous avait dit qu'il fallait se méfier des cambriolages à Rome) notre camping-car vers 21h. Mais à peine rentrés à l'intérieur, on constate que celui-ci a été visité. Un rapide coup d'oeil nous rassure sur l'étendue du crime : seul l'ordinateur portable a été pris, et le camion n'a pas été endommagé. Du travail de pro, donc. Nous pouvons donc repartir pour nos montagnes. Nous rejoindrons les autres (déjà endormis) au bivouac vers minuit.

Mardi 26 août : à notre réveil, un petit mot de Stéphane délicatement posé sur le pare-brise du camion nous indique qu'ils sont partis faire Infernata qu'ils auraient du faire la veille (et qu'ils n'ont finalement pas fait). Nous nous retrouvons donc Anne-Claire et moi. Peu enclins à canyoner à deux, nous décidons plutôt d'aller nous promener près du canyon de Salinello, qui passe en bas de ruines du Castel Monfrino. Cette escapade nous prendra la journée. Sur la route du retour, nous nous arrêtons à Teramo afin d'accéder à Internet et modifier les codes d'accès à nos comptes bancaires, suite au vol du portable. A ce moment, Stéphane nous appelle en nous demandant d'aller le chercher en bas de son canyon, car il a laissé les clefs de la navette au départ du canyon ! Nous voilà repartis Anne-Claire et moi pour trois heures de route. Nous passons donc par Castelli, puis de nouveau le plateau de l'Imperatore, puis encore Castelli, où nous bivouaquons après avoir dégusté quelques bonnes pizzas.

Mercredi 27 août : c'est le grand jour, celui du plus beau canyon de la région : torrente Avello. Nous arrivons au site après deux heures de route. On fait la navette, puis la marche d'approche (1h15) qui surplombe le canyon tout du long et nous voilà au départ de canyon mythique. Et là, grosse déception : il est sec, et c'est carrément moche. Mais on continue. Finalement, une résurgence nous apporte un peu d'eau, puis la gorge s'encaisse à l'occasion d'une C25. A partir de là, et pendant plus d'une heure, le canyon ne cessera de nous éblouir, avec des parois éloignées d'au maximum un mètre, et hautes de plus d'une centaine de mètres. Il y fait sombre. Très sombre, au point de devoir chercher les amarrages un bon moment avant de les trouver. La roche est d'un blanc "virginal", et l'eau si transparente que l'on s'est demandé s'il y en avait ...
Puis la gorge s'évase. Un court instant. Le temps de voir que le ciel est rempli de nuages. Puis on s'engouffre dans la deuxième partie. Tout aussi belle que la première, mais sans eau. Tant pis, c'est tellement beau ...
Le retour aux voitures est immédiat, et un bivouac est préparé sur place. Patrick lance un barbecue. L'odeur du charbon ardent commence à mettre les papilles en alerte quand les premières gouttes de pluie viennent nous prévenir qu'il vaut mieux ranger les affaires. La soirée se passera donc sous une tente improvisée, tendue entre deux kangoos. Mais le talent de Patrick au barbecue aura eu cure de la pluie, et nous aurons quand même eu nos saucisses.

Jeudi 28 août : c'est la journée grand canyon. Stéphane nous avait concocté un 1122 mètres de dénivellée, à faire en deux jours : Serviera. On commence la marche d'approche très tôt (7h30, je vous laisse imaginer l'heure du réveil ...). Plus de trois heures en plain cagnard auront été nécessaires pour atteindre le départ du canyon. Sec, bien sûr. On grignote un peu (merci à Manu(e) pour le chocolat réparateur) et on vide les dernières bouteilles d'eau (on voit des résurgences couler en bas qui pourront remplir nos gourdes). Il est 11h30. les nuages s'amoncellent au-dessus de nous. On fait un petit point météo avant de s'engager. Ca n'a pas l'air trop méchant, la végétation est dense et le bassin versant n'est pas énorme. On décide donc de s'engager. On tire la corde du dernier rappel et c'est parti ... Le canyon fait près de six kilomètres de long et est donné en treize heures par les italiens.
Il y aura beaucoup de marche, de blocs et de ressauts. Plus de cinquante rappels à équiper. Le ryhtme de l'équipe a été soutenu, insufflé par Patrick. Finalement, nous arriverons en bas du canyon au bout de 5h30 de descente, sous une forte pluie accompagnée de bons coups de tonnerre.
Il ne nous reste plus qu'à nous changer (sous la pluie, quel délice), à acheter des pâtes à l'usine juste en-dessous, et à prendre la route pour notre prochain et dernier canyon. Nous ferons une halte au magnifique village d'Ascoli, où nous aurons l'occasion de déguster de délicieuses spécialités locales. Nous rejoindrons assez tard le massif de la Majella, plus au Nord.

Vendredi 29 août : comme d'habitude, lever de bonne heure pour aborder une marche d'approche plutôt longue : celle de Fosso del Vene. Le début de la marche est très joli. On y longe le collecteur de la vallée qui offre de courts et beaux encaissements, que de nombreux touristes viendront voir dans la journée. La suite est plus physique et aérienne. Mais, au bout de trois heures et demi de marche, on arrive au canyon. Comme il se doit, celui est sec. Il le restera d'ailleurs toute la descente. Finalement, le beau canyon que Stéphane nous avait décrit est une bouse. On y évolue entre blocs et troncs, avec un équipement douteux. Heureusement, ce canyon n'est pas bien long. Après trois heures de déception, nous retrouvons le chemin d'approche qui nous ramènera aux voitures.
C'est la fin du séjour. Stéphane reste encore une journée sur place. Emmanuelle et Patrick feront un bout de route avec nous. Nous nous séparerons à Fano, après un dernier succulent repas sur la place principale de la ville, située au bord de la mer Adriatique.
Nous gagnerons nos pénates le lendemain, dans l'après-midi.








Boris

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vendredi 8 août 2008

Traversée de l'Italie du Nord

du 26 Juillet 2008 au 8 Aout 2008
Participants : Boris et Anne-Claire Sargos, Emmanuel Belut, Eric Frezal, Yves Daniou, et François dit « le pilote »

Vendredi 25 juillet - Manu, Anne-Claire et moi partons de Lyon en camping-car vers 22h sous une pluie battante. Nous rejoignons une heure plus tard Eric sur un parking d'autoroute. Nous nous installons une heure après pour dormir, vers Bourg-Saint-Maurice.

Samedi 26 juillet - Notre périple commence dans le Val d’Aoste, après le passage du col du Petit Saint-Bernard. Notre topoguide nous indique quelques canyons assez bien côtés à faire dans cette vallée. Notre choix s'arrête sur Chasten. La météo n'est pas terrible et le canyon coule déjà pas mal. Nous nous engageons ... pour ressortir deux heures après sous l'orage par une échappatoire de fortune. Les vacances commencent bien ...

Dimanche 27 juillet - L'aventure continue avec l'enchaînement Gettaz-Chalamy. Intérêt très modéré.

Lundi 28 juillet - Le torrent de Fer est le mieux côté du Val d'Aoste. Il est long et mal équipé, seule la fin présente un intérêt. Finalement, après trois jours dans la région, le bilan est vite tiré : nous sommes déçus. Aussi bien pour le peu d’intérêt des parcours que pour le manque d’esthétique de la vallée elle-même. C’est ainsi que le soir même Eric nous quitte pour retourner en France. Alors que Manu, Anne-Claire et moi poursuivons comme prévu notre route vers l'Est.

Mardi 29 juillet - Nous nous réveillons dans le Val d’Ossola, magnifique région de l'Italie du Nord. Notre premier canyon du secteur est Antolina. Avec une superbe cascade de 55 mètres (et un peu de pollution style décharge publique, dommage…), c'est une valeur sûre.

Mercredi 30 juillet - Nous tentons Isorno, très court mais extraordinaire avec un encaissement impressionnant. Quelle descente ! Vraiment sensationnelle.

Jeudi 31 juillet - Nous terminons notre visite du Val d'Ossola par un des canyons les plus connus de la région : Variola. La descente de sa partie supérieure (déjà bien assez longue) avec son enchaînement de belles vasques couleur émeraude, nous permet de confirmer sa réutation. Nous reprenons la route dès la fin du canyon. Après une longue hésitation sur le choix de notre destination, nous décidons de gagner la Suisse afin d'y trouver un camping. C'était sans compter la fête nationale ! Tous les campings sont pleins. Contraints, nous optons pour une nuit de camping sauvage ... sauvagement sanctionnée par une amende à prix suisse !

Vendredi 1er août - Du coup, le Tessin n'est qu'une brève étape, mais nous y découvrons le canyon de Giumaglio à l'eau turquoise cheminant dans un somptueux parcours tracé dans le granite. Digne des plus beaux canyons suisses. De surcroît, un joli saut de dix mètres agrémente la descente. Une bonne surprise. Le soir, nous traversons la frontière et dormons dans un vrai camping au bord du lac de Come.

Samedi 2 août - Nous poursuivons notre route vers l’Est en direction des Dolomites (notre objectif) et faisons une brève escale au lac de Garde pour refaire l’incroyable canyon de Palvico que nous aimons tant.

Dimanche 3 août - Le lendemain matin, nous arrivons enfin dans les Dolomites ! Nous y retrouvons François et Yves qui, eux, ont fait la route d’un trait. Cette fois nous y sommes, les canyons mythiques des Dolomites sont à notre portée ! L’aventure peut commencer …

Notre vaste et ambitieux programme commence par Grigno, le plus à l’ouest des canyons des Dolomites, situé près de Trento. La journée débute tôt avec une marche d’approche de plus de trois heures. Nous avons du mal à nous y retrouver dans tous ces chemins et quelle n’est pas notre surprise quand nous découvrons une voiture de canyonistes garée à quelques centaines de mètres du départ ! Les Italiens semblent préférer les navettes et on les comprend !
La première épreuve réussie (celle de la marche d’approche), la suivante peut commencer ! En fait, nous découvrons un débit très fort, au moins 200 litres par seconde et nous nous demandons s’il est bien raisonnable de s’engager, d’autant plus que nous ne connaissons pas le canyon. L'avis d'un expert n'étant pas du luxe ce jour-là, je téléphone à Caracal, l’auteur du topoguide pour lui demander son avis. Par chance il n’est pas en canyon et peut répondre ! Il nous rassure : le débit est toujours important et l’équipement est placé en conséquence. Forts de ces renseignements, nous nous lançons ! Il est onze heures. La première cascade, nommée cascade des Walkyries, porte bien son nom : la vasque de réception bouillonne et le blanc de l’émulsion s’étale sur plusieurs mètres dans le couloir qui la suit. Cela n’est guère rassurant pour la suite …
Heureusement, l’amarrage nous fait passer à côté de l’eau. Ce sera d’ailleurs le cas pour toute la suite du canyon. Nous nous retrouvons dans un encaissement très profond (une bonne centaine de mètres), avec la lumière du jour loin au-dessus de nos têtes. Les obstacles se franchissent bien, malgré le débit toujours impressionnant.
En haut d’un rappel, j'équipe au-dessus d’une vasque qui semble « bien » tourner. L’amarrage, assez mal situé, ne nous fait pas éviter le mouvement d’eau. Manu, qui descend en premier, se pousse (pour éviter le bouillon au pied du rappel) sur une paroi afin de se propulser au-delà de la vasque. Son pied reste en adhérence sur la roche, alors que lui, tombe. Nous comprenons immédiatement qu’il lui est arrivé quelque chose de grave. Nous descendons vite le rejoindre et le mettre au sec. Malheureusement, nous ne pourrons le déplacer que de quelques mètres et le hisser jusqu'à une petite surface de roche au bord du courant. Ce n’est pas des plus confortables, car il y a peu de place et de surcroît, cette banquette de fortune est située sous une résurgence ruisselante.
Le cas de Manu semble être sérieux. Il paraît avoir une fracture sur le bas de la jambe. Du coup, nous nous organisons rapidement : Yves et moi continuons le canyon pour prévenir les secours, alors que François et Anne-Claire restent avec Manu. Ils immobilisent sa jambe au mieux et sortent toutes leurs couvertures de survie. Il est 16h.
Pendant qu'ils tuent le temps comme ils peuvent (vive les énigmes de François !), Yves et moi sortons de l'encaissement, à quelques centaines de mètres de l'accident, et trouvons finalement un endroit couvert par le réseau. Malgré les difficultés de langue et de compréhension (non, une ambulance ne suffit pas ! notre ami n’est pas au bord de la route mais au fond d’un canyon !) je réussis à joindre les secours et les prévenir (merci à Pascal notre ami guide italien, pour son intervention). Ils font le nécessaire. Je remonte vers Anne-Claire, François afin de les remplacer auprès de Manu. Anne-Claire et François peuvent ainsi rejoindre Yves dans la partie ouverte et continuer la descente tous les trois. Durant leur retour, ils seront vite rattrapés par un secouriste qui les escortera jusqu’à la sortie (en nocturne). Au passage, ils croiseront au bas du canyon les secouristes spéléos, les pompiers et les secours alpins. Bref, une quarantaine de volontaires remontant le canyon. Ils seront de retour au camping-car vers 22h.
De mon côté, les secouristes spéléos arrivent vers minuit. Je suis exténué, mais Manu a tenu bon. Le sauveteurs nous donnent de quoi nous requinquer, puis enferment Manu dans une civière étanche, et nous voilà tous partis vers le bas du canyon. Le retour sera long et fastidieux, mais je serai sorti vers 5h, peu de temps avant Manu qui sera envoyé à l’hôpital le plus proche. Quelle journée !

Lundi 4 août - Le lendemain, pas de canyon, c’est visite à l’hôpital. Manu a une double fracture : tibia/péroné. Il attend d’être opéré.

Mardi 5 août - Encore sous le choc de l’accident de l’avant-veille, nous décidons de faire un « petit » canyon : val del Mus. A cette occasion, nous retrouvons par hasard nos amis Delphine et Bertrand, également à la découverte des Dolomites. C’est le moment que choisit François pour rentrer en France. Nous nous retrouvons donc Yves, Anne-Claire et moi

Mercredi 6 août - Le moral des troupes n'étant pas au top, nous parcourons un canyon court : le Ciolesan. Très beau. Sur le retour, nous croisons de nouveau Delphine et Bertrand.

Jeudi 7 août - Pour finir notre voyage, nous nous lançons à l'assaut du mythique canyon de Zemola. Cette course n'est pas facile, et dès l'accès le ton est donné par une longue et scabreuse désescalade dans une ravine. Puis, une fois en bas, c'est l'eau qui, semblant vouloir se précipiter contre un immense mur de roche, nous fait comprendre que cette beauté se mérite. Ces quatre heures de progression dans ce canyon long, froid et bien alimenté, sont un pur bonheur. Quelle ambiance ! Ce canyon est  effectivement un des plus beaux d'Italie (et donc d'Europe) avec  notamment dans sa partie finale sa tyrolienne en fixe et son "mini-geyser" qui n'est pas sans rappeler - dans une moindre mesure - celui des Oules de Freissinières.  L'alchimie entre la roche et l'eau a merveilleusement bien fonctionné et ce canyon est un des plus beaux que nous ayons fait.
Il est temps de rentrer en France. Nous reprenons la route dès le canyon terminé.

Vendredi 8 août - Sur le retour, nous repassons par le lac de Garde pour une ultime étape « canyonistique » : Campiglio. Comme au premier jour, la descente sera abrégée à cause d’un orage improbable survenu à midi et demi.
Après le canyon, nous reprenons la route pour Morbegno, où s'achève le rassemblement italien. Nous y retrouvons nos amis habituels français et italiens.

Samedi 9 août - C'est le retour à Lyon. Pour Manu, c’est plus long et il sera rapatrié en Corse au cours de la semaine.



Anne-Claire et Boris Sargos

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